Tal, des fossiles, une alliance et moi

(non je n'épouse pas Tal, calmez-vous)

Chère Maman
4 min ⋅ 10/09/2024

Trigger Warning : si vous pensez êtes sensibles à l’absence totale d’expression de honte ou de scrupules de l’autrice de cette newsletter par rapport au fait qu’elle n’a rien écrit depuis avril, je vous déconseille la suite car le parti pris est clairement celui du “comme si de rien n’était”. M’inspirant des plus grands de ce monde, j’estime qu’assumer ses failles et faire preuve de respect envers les gens qui ont des attentes vis-à-vis de nous c’est surfait. Et oui, merci de demander, j’avance effectivement très bien dans mon projet de développement personnel “comporte toi comme un homme" !


Holà, bienvenue dans cette newsletter de septembre ! Je ne sais pas si vous avez remarqué mais c’était les vacances et les Jeux Olympiques, de vrais moments de liesse populaire et de cohésion de notre beau pays où il fait si bon vivre quand on est une femme ou une personne racisée, ou une personne handicapée, ou une personne homosexuelle, ou une personne grosse, ou une personne transgenre, ou une personne vieille, ou une personne bisexuelle, ou un enfant ou plusieurs choses parmi cette liste à la fois… Bref. Que-du-bonheur !

Je ne sais pas à quel cours de philosophie de Terminale ça correspond mais je suis dans une phase où ma pensée peut globalement être résumée par : la vie est dure, être vivant·e c’est dur, le seul moyen de traverser tout ça c’est de faire, tant qu’on le peut, des choses qui nous procurent de la joie tranquillement dans son coin en attendant la fin. Heureusement les choses qui me procurent de la joie à moi sont plutôt ancrées dans un fonctionnement social assez simple et peu dangereux du genre : voir des gens, lire des livres, insulter les hommes, chanter des chansons, manger du fromage, maudire les hommes, regarder des bêtises à la télé avec mon amoureux, boire du vin, aller voir des concerts avec mes copines, me baigner dans l’océan, manger des fruits de mer, critiquer les hommes, écrire des newsletters, manger des glaces, etc.

Voilà, il semblerait qu’à l’instar de TAL, j’ai trouvé le sens de la vie que je mène.

J’ai pris conscience de certaines choses quand, en sortant du musée de paléontologie dans lequel j’ai vu des fossiles d’êtres vivants datant de plusieurs centaines de millions de d’années, l’amoureux m’a dit “Ah c’était bien, surtout la partie sur le précambrien, c’est ma période préférée ! Et toi c’est quoi ta période préférée de tout ce qu’on vient de voir (aka : l’histoire entière de la vie sur Terre) ?”. D’abord j’ai pris conscience que mon mec est un sacré nerd pour avoir une période préférée de la préhistoire et qu’il se prend apparemment pour Dora l’exploratrice à ses heures perdues. Ensuite j’ai répondu que j’avais bien aimé les passages “apocalyptiques”. Et même si c’était pour faire du sarcasme au départ, c’est quand même un peu vrai parce que ça m’a soulagée d’un poids quelque part. Me dire “Ah oui, en fait il y a déjà eu des périodes où quasiment toute vie sur Terre a disparu et des espèces entières se sont éteintes, c’est vrai !”. Le monde ne tourne pas autour de moi, il ne tourne pas autour de ma communauté, il ne tourne pas autour de mon pays, il ne tourne pas autour de mon espèce. Je ne veux pas dire que ça rend moins grave les atrocités auxquelles ont est confronté·es mais je ressens quand même du soulagement à l’idée de savoir que je ne suis qu’un grain de poussière, peut-être parce qu’en quelque sorte ça légitime mon impuissance.

J’ai aussi beaucoup pensé à l’alliance de mon père ces derniers jours. - Transition abrupte s’il en est ! - Il se trouve que c’était le seul objet lui ayant appartenu, avec un pull marron à capuche, que j’ai voulu garder lorsqu’il est décédé. Garder cet anneau qui avait passé 30 ans sur lui et qui représentait le mariage de mes parents et notre famille était pour moi une des seules choses physiques, matérielles, qui pouvaient me permettre de maintenir ce type de lien vivant. (Les cimetières et les tombes ne parviennent pas à incarner ce lien comme je le ressens au fond de moi). J’avais rangé cette alliance dans mon porte-feuille avec l’idée d’avoir toujours près de moi ce petit morceau de la vie de papa, ce petit témoin. Malheureusement, il y a 3 ans, je me suis fait voler à l’arrachée mon sac à main dans lequel était mon porte-feuille. Cet épisode a été choquant et traumatisant pour 100 autres raisons que ce bijou, ça a aggravé des troubles obsessionnels et des angoisses qui couvaient, ça m’a déclenché le besoin d’entamer une thérapie, ça a été le point de départ de nombreuses prises de conscience et d’une cascade d’évènements. J’ai découvert que mon cerveau a un “mode survie” et que je suis sujette aux attaques de panique. J’ai bien sûr pensé à la perte de l’alliance sur le moment, j’ai compris le sens de l’expression “valeur sentimentale”, j’ai été triste de l’avoir perdue dans des circonstances si nulles, mais ce n’était vraiment pas “le pire”.

Maintenant je vais beaucoup mieux, j’ai travaillé et cheminé sur la gestion de mes angoisses, les pertes matérielles ont été gérées et compensées depuis belle lurette, j’ai même réussi récemment à repasser à vélo dans la rue de l’agression sans vriller. Mais je pense toujours à l’alliance, je suis écœurée de ne plus l’avoir auprès de moi, de ne pas savoir où elle est, ça me rend folle d’y penser, c’est si injuste et si con. A posteriori, c’est en fait bien ça la pire perte de cette histoire.

Et pourtant. Un jour prochain, sans doute que plus rien du monde tel qu’on le connait n’existera, que plus rien de ce qui fait sens pour nous aujourd’hui n’en aura alors… Tant pis pour l’alliance. Me décentrer m’aide à décolérer, m’aide à accepter mon impuissance face aux injustices, m’aide à supporter l’idée d’être entourée sur la Terre d’une proportion non négligeable de colocataires qui prônent la haine et l’intolérance, m’aide à supporter que la vie soit dure parfois, ou même souvent. C’est comme ça, c’est la vie, les dinosaures aussi avaient des problèmes.

Tant qu’on a Koh Lanta et la tartiflette, je tiendrai le coup.

PS : pour les recommandations culturelles

  • Je viens tout juste de débuter la lecture de : Lady Sapiens, de Thomas Cirotteau, Jennifer Kerner et Eric Pincas, ça parle des femmes de la préhistoire et ça a l’air très bien documenté, en tout cas mieux que les maquettes de certains musées ardéchois.

  • J’ai dévoré au cours de l’été la saga entière des Cazalet, pas grand-chose à voir avec le féminisme (si ce n’est que c’est écrit par une femme et que comme dans toute bonne saga familiale ça évoque les destins de plusieurs femmes à la fois ordinaires et incroyables) mais je recommande chaudement si c’est un genre que vous affectionnez car c’est fantastique et ça se lit comme du petit pain.

  • J’ai (enfin !) écouté le podcast “Qui est Miss Paddle ?” de Judith Duportail (oui, avec 10 ans de retard) et je le recommande également plus que chaudement genre de façon brûlante en fait. CLIQUEZ ICI.

Chère Maman

Par Leslie